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Dossier
Spécial Guerre de Corée Par Frédéric Ortolland |
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III- Le périmètre de Pusan (6ème partie) : Statu quo à Masan 1- Les positions américaines Lorsque la pénétration nord-coréenne au niveau du saillant du Naktong poussa le général Walker à retirer la 1ère Brigade Temporaire de Marines (1st Provisional Marine Brigade) de la Task Force Kean il ordonna à la 25ème DI de se mettre en position défensive sur le flanc sud, à l’ouest de Masan. Le 15 août, c’était chose faite. C’est le terrain qui dicta le choix des positions. La barrière montagneuse à l’ouest de la ville était la première zone apte à la défense à l’est de la passe de Chinju. Les 750m de hauteur des crêtes de Sobuk-San et P’il-Bong dominaient largement les environs et permettaient la couverture de l’axe Komam-Ni/Haman/Chindong-Ni, seule voie de communications Nord-Sud de la région. Au nord de la route
Masan/Chingju et jusqu’à la Nam plusieurs positions offraient
des possibilités de défense correctes. A partir de Komam-Ni s’étendait une zone de rizières de 3km de large pour 6 de long jusqu’à la Nam. A l’ouest de cette zone un éperon rocheux du P’il-Bong était dominé par le mont Sibidang-San (300m) qui tombait droit dans la rivière. Le Sibidang-San était un point d’observation parfait et l’artillerie du secteur de Komam-Ni pouvait ainsi verrouiller le carrefour de Chungnam-Ni. Par conséquent le colonel Fischer choisit cet endroit pour y placer le 35ème RI, au nord de la ligne défensive de la division. La ligne du régiment s’étendait d’un point situé à 3km de Komam-Ni jusqu’à la Nam avant d’obliquer vers l’est et de suivre la rivière jusqu’à ce qu’elle rejoigne le Naktong, soit près de 25km. La portion de la
ligne tenue par le 35ème RI était potentiellement le point
critique du secteur de la 25ème DI. Le 1/35 du Ltc Bernard G. Teeter
tenait le flanc gauche, à l’ouest de Komam-Ni. Le 2/35 du
ltc Wilkins tenait le flanc droit, le long de la Nam. Le 3ème bataillon
(en fait le 1/29) du major Robert L. Woolfolk se trouvait en réserve
sur la route du sud de Chirwon. 2- Regroupement de la 6ème DI de l’APC à l’ouest de Masan En face de la 25ème
DI US, la 6ème DI de l’APC a reçu l’ordre de
se maintenir sur la défensive dans l’attente de renforts.
Du nord au sud se trouvaient positionnés les 13ème, 15ème
et 14ème RI. Les premières troupes de remplacement arrivèrent
à Chinju aux alentours du 12 août. En date du 15, environ
2000 hommes avaient rejoint la division. On leur distribua des grenades
en leur expliquant qu’ils devraient récupérer des
armes de poing sur les morts et les blessés du champ de bataille.
Les hommes souffraient beaucoup de l’artillerie et de l’aviation
américaine. Autre division impliquée
dans la zone sud, la 7ème. Activée le 3 juillet et constituée
de 2000 recrues et 4000 hommes de la 7ème Brigade des Frontières
(7th Constabulary Brigade), elle récupéra un régiment
d’artillerie et 2000 hommes de plus fin juillet, portant son effectif
aux environs de 10000. Elle quitta Séoul le 1er août sans
l’artillerie. Les 1ères et 3ème RI atteignirent Chinju
vers le 15 août. Deux jours plus tard, d’autres éléments
atteignirent T’ongyong, à la pointe sud de la péninsule,
à 40km au sud-ouest de Masan. Le 2ème RI s’installa
dans le port de Yosu vers le 15 août. La 7ème DI occupait
donc les ports importants de la zone, protégeant ainsi la 6ème
DI d’un possible débarquement sur ses arrières. Le 17 août, les Nord-Coréens s’étaient rapprochés de la ligne de défense de la 25ème DI et avaient débuté une série d’attaques de reconnaissance qui devait durer jusqu’à la fin du mois. Ce que l’APC appelait des « patrouilles agressives » devint pour les fantassins des 24ème et 35ème RI une succession d’attaques de compagnies, voire d’un bataillon complet. La plupart de ses attaques eurent lieu dans les hauteurs de l’ouest de Haman, Battle Mountain, P’il-Bong et Sobuk-San. 3- Attaque à Komam-Ni Il devint rapidement apparent que l’APC avait changé son axe d’attaque et que son effort principal se porterait au nord du secteur Chinju-Masan, situé juste sous la Nam. C’était le secteur assigné au 35ème RI du col. Fischer. Le 64ème bataillon d’Artillerie de Campagne (AdC) du ltc. Arthur H. Logan (auquel était rattachée la batterie C du 90ème) et la Cie A du 88 Bataillon de Chars du cpt. Harvey étaient en soutien du régiment. Trois M4A3 jouaient le rôle d’artillerie à Komam-Ni et interdisaient la zone de Chungam-Ni. Six autres M26 faisaient de même sur celle d’Uiryong depuis l’autre rive de la Nam. A 3h00 le 17 août,
l’artillerie nord-coréenne se mit à bombarder le PC
du 1/35 à Komam-Ni. Une heure plus tard 2 sections de la Cie A
furent chassées de leur position. L’assaut ennemi déborda
une position de mortiers. A l’aube, la contre-attaque de la Cie
B permit de regagner le terrain perdu. Au matin du 18 la Cie A dut de
nouveau se replier avant de contre-attaquer. Deux compagnies de la Police
sud-coréenne arrivèrent pour aider à sécuriser
le flanc droit du bataillon. 4- Battle Mountain Au moment même
où l’APC tentait de pénétrer les positions
du 35ème RI, elle lança des patrouilles renforcées
et des attaques de reconnaissance dans la zone montagneuse du centre de
la ligne de la 25ème DI. Les hauteurs à
l’ouest de Haman où s’était positionné
le 24ème RI faisaient partie intégrante du Sobuk-San. P’il-Bong
(côte 743) en était le point le plus élevé,
à 13km à l’ouest de Chindong-Ni et 5km au sud-ouest
de Haman. De la côte 743, la ligne de crête descendait et
fait une courbe vers le nord avant de remonter 1.5km plus loin jusqu’à
une éminence pelée bientôt connue sous le nom de Battle
Mountain (côte 665). Elle eut aussi droit aux doux surnoms de «
colline du napalm », « mont chauve » ou « colline
sanglante ». Les 2 hauteurs étaient reliées par un
chemin étroit et escarpé. Au delà de Battle Mountain
en direction de la Nam, la pente descendent abruptement en 2 longues arêtes.
La route d’approche de la côte 665 était bien plus difficile côté Est. A contrario des Nord-Coréens, les Américains ne bénéficiaient d’aucune voie carrossable les menant à mi-hauteur du sommet. De la base, seules de vagues pistes existaient et l’acheminement de ravitaillement à dos d’hommes nécessitait 6 à 8 heures aller-retour depuis le fond de la vallée. Etre blessé sur Battle Mountain pouvait être mortel compte tenu du temps nécessaire aux porteurs de civière pour atteindre un poste de secours. Le colonel Champney installa les mortiers de 4.2 pouces et le 159e d’AdC dans la vallée située au sud d’Haman. Le 19 août, ces unités reculèrent à l’exception de la batterie C sur demande expresse de Champney. Ce dernier demanda aussi au Génie d’améliorer la piste partant du village vers la route principale Komam-Ni/Masan en direction du Nord-Est. Il comptait l’utiliser comme voie d’évacuation de l’artillerie le cas échéant et désirait fluidifier le réseau à sa disposition dans le secteur. Lorsque le 24ème RI se mit en place le 15 août, un trou béant de 4km existait entre ses positions et celles du 5ème RCT plus au sud. Le 24ème n’avait pas particulièrement brillé lors de son rattachement à la Task Force Kean (cf. Le périmètre de Pusan 2ème Partie) et cet espace vide était pour le moins préoccupant. Kean envoya alors 432 policiers sud-coréens en renfort pour tenter de combler la brèche. La première
attaque ennemie eut lieu le 18 août. Les Nord-Coréens débordèrent
pour partie la Cie E sur l’éperon nord de Battle Mountain
et en tuèrent l’officier commandant. Plus tard dans la journée,
le ltc. Paul F. Roberts succéda au ltc. George R. Cole à
la tête du 2ème bataillon. Le général Kean alerta alors le col. Throckmorton afin qu’il envoie des troupes du 5ème RCT reprendre Sobuk-San. Au matin du 21 août les Cies B et C du RCT attaquèrent la zone et parvinrent à la sécuriser face à une faible résistance. Elles en furent chassées le soir même par une puissante contre-attaque ennemie. A midi le lendemain les Américains repartirent à l’assaut, la Cie B atteignant le sommet vers 17h00. Durant la nuit l’APC contre-attaqua, empêchant les fantassins de consolider leurs positions. Au matin du 23 la Cie A tenta de sécuriser les hauteurs à 1000m au sud-ouest de Sobuk et de faire la liaison avec la Cie B, sans succès. Les Nord-Coréens considéraient l’endroit comme trop précieux et ne cessèrent de soumettre la Cie A à d’incessantes attaques. Au nord des positions de la Cie B, la situation était la même. Les troupes nord-coréennes parvenaient à se cacher durant les phases de bombardement de l’artillerie et de l’aviation et ne souffraient que peu du matraquage dont elles étaient l’objet. Ainsi, aucun élément du 24ème RI ne parvint à faire la liaison avec la Cie isolée. Plus au nord encore, dans le secteur de Battle Moutain, la situation ne se présentait pas bien pour le 24ème RI. Après la retraite de la Cie C, l’artillerie satura « le mont chauve » d’obus dans l’optique d’une contre-attaque. Sous un soleil de plomb, c’est à la Cie L qu’échut la mission de reprise de la côte 665. L’ennemi avait quitté la ligne de crête pour se mettre à l’abri du bombardement américain. En contrepartie, c’est lui qui saturait désormais les crêtes d’obus de mortier, empêchant la Cie L de consolider ses positions. Cette situation dura jusqu’en milieu d’après-midi, lorsque les Nord-Coréens débouchèrent de tranchées en zig-zag creusées à contre-pente et surprirent les GIs. Rapidement, les 3 sections redescendirent la piste qu’elles avaient tant eu de mal à grimper dans la matinée. Les officiers tentèrent de rassembler leurs hommes mais l’ennemi en avait profité pour réoccuper le secteur. L’artillerie reprit son entreprise de matraquage pendant que les Cie I et L se préparaient à repartir à l’assaut. Celui-ci ne progressa que lentement et à minuit les hommes se retranchèrent dans l’attente de l’aube. La Cie L se remit en marche à l’aube, la Cie I lui procurant l’appui-feu nécessaire. Les hommes grimpèrent péniblement, sous une résistance pourtant légère. Trois heures plus tard, avec un total de 17 pertes, Battle Moutain était prise, mais lorsque quelques heures plus tard une section ennemie tenta de manœuvrer sur son flanc droit, les GIs redescendirent jusqu’aux positions de la Cie I. Le combat reprit
le lendemain, des policiers sud-coréens étant arrivés
en renfort. Les Alliés parvinrent à finalement sécuriser
le secteur, surtout grâce à l’appui des mortiers de
81mm et de 4.2 pouces qui couvrirent les lignes d’approche ennemies
à l’ouest. Le 3/24 du ltc. Corley releva le 1er bataillon dans le secteur de P’il-Bong/Battle Moutain le 27 août. Lee 28 août une compagnie de l’APC attaqua la jointure entre les Cies C et I, juste avant l’aube. Durant la nuit, la Cie C avait déjà eu à subir les tirs de mortier ennemi, visiblement destinés à détruire son PC. A minuit, ce dernier fut pris à revers. Une partie des fantassins abandonnèrent leur poste au début de l’attaque, vers 2h45 le 29 août. Les Nord-Coréens redirigèrent alors leur assaut vers la Cie E et déborda une partie de ses positions. Des largages de munitions au matin permirent de ravitailler la Cie C et l’artillerie bombarda toutes les voies d’accès possibles, empêchant l’arrivée de renforts nord-coréens. Dans la soirée la Cie E parvint à réoccuper ses anciennes positions. A 23h00 les Nord-Coréens attaquèrent la Cie C. Le flanc gauche se brisa quasi-instantanément, les soldats redescendant la colline en hurlant « Ils nous ont débordés !», semant la panique sur le reste de la troupe. A nouveau, l’ennemi occupait Battle Moutain. Le cpt. Lawrence M. Corcoran ne conserva avec lui que 17 hommes à son PC, dont plusieurs blessés. A l’aube, artilleurs, aviateurs et tankistes se déchaînèrent contre la crête. Un blessé parvint à descendre des hauteurs où il était caché depuis plusieurs heures pour prévenir que l’ennemi s’était en grande partie retiré, ne laissant que quelques hommes au sommet. A 11h00 la Cie B soutenue part le 3/24 partit à l’assaut et atteignit le sommet 2h plus tard. Au total, le sommet de Battle Mountain aurait changé de mains au moins 19 fois entre le 18 août et la fin du mois, parfois 2 ou 3 fois en 24h ! A la fin du mois,
force était de constater que la bataille du front sud, à
l’ouest de Masan, s’était terminée sur un statu
quo. Aucun des belligérants n’a réussi à obtenir
un avantage décisif. Les difficultés de la 25e DI a tenir
sa portion de front ne pouvait cependant qu’être préoccupante
pour l’avenir. |