Histoire du Darfour
Traduit de l'anglais par Stéphane Mantoux

L'histoire écrite du Darfour commence au XIVème siècle avec l'établissement du sultanat Tunjur. Le Darfour indépendant connaît son apogée sous la dynastie Keira au XVIIème siècle. En 1875, le condominium anglo-égyptien sur Khartoum met fin à la dynastie. Les Britanniques accordent au Darfour une certaine autonomie avant l'annexion formelle en 1916. Pourtant, la région reste sous-développée pendant la période de la colonisation et jusqu'à l'indépendance de 1956. La majorité des ressources nationales est dirigée vers les Arabes concentrés autour du Nil et de Khartoum.
Ce schéma d'inégalité structurelle et de sous-développement suscite la haine croissante des habitants du Darfour. Les influences de la géopolitique régionale et de la guerre par procuration, couplées avec des difficultés économiques et une dégradation de l'environnement, peu après l'indépendance, provoquent une résistance armée sporadique dès le milieu des années 80. Cette violence en continu culmine avec l'apparition de véritables mouvements armés en 2003.

Les royaumes du Darfour

Les développements dans la région du Darfour sont fonction du terrain et du climat, car celui-ci est composé essentiellement de plaines semi-arides qui ne peuvent pas accueillir une population trop dense. La seule exception est la zone dans et autour des montagnes Jebal Marra.
C'est à partir de ces sanctuaires montagnards que des groupes se sont étendus pour contrôler la région. Les Daju, habitants du Jebal Marra, semblent avoir été la population dominante au Darfour d'après les premières sources dont l'on dispose. On ne sait pas combien de temps a duré leur domination, puisque nous ne disposons que d'une liste de rois. Si l'on suit la tradition, la dynastie Daju est chassée, et l'islam introduit, au XIVème siècle, par les Tunjur, qui atteignent le Darfour par Bornu et Wadaï. On pense que le premier roi tunjur est Ahmed el-Makur, qui a marié sa fille au dernier dynaste Daju. Ahmed réduit la plupart des chefs à l'obéissance, et sous son règne le royaume prospère. Son petit-fils, le sultan Dali, une figure célébrée dans les histoires du Darfour, est un Fur du côté de sa mère, et porte ainsi la dynastie plus proche du peuple qu'elle dirige. Dali divise le pays en province, établit un code pénal, qui, sous le titre de Kital Dali, Livre de Dali, est toujours intact, et diffère sur quelques points de la loi coranique.
Son petit-fils Suleiman (ou Sulayman, habituellement distingué par l'épithète des Fur "Solon", signifiant soit l'Arabe ou le Rouge) règne de 1596 à 1637 : c'est un grand guerrier et un musulman dévôt ; il est considéré comme le fondateur de la dynastie Keira.

Le petit-fils de Suleiman, Ahmed Bukr (vers 1682-vers 1722) fait de l'islam la religion d'Etat, et augmente la richesse du pays en favorisant l'immigration à partir de Bornu et Bagirmi. Sa domination s'étend à l'est du Nil jusqu'aux rives de la ville d'Atbara. Sa mort inaugure une période troublée par la question de sa succession. A sa mort, Bukr avait décidé que chacun de ses nombreux fils devaient régner à tour de rôle. Une fois sur le trône, chaque fils espère faire de son propre enfant son successeur, ce qui mène à une guerre civile jusqu'en 1785-1786. A cause de ces divisions internes, le Darfour décline et entame des guerres avec Sennar et Wadai. Une des sultans les plus capables de cette période est Mohammed Terab, un des fils de Bukr. Il mène une série de campagnes victorieuses. En 1785-86, il conduit une armée contre les Funj, mais ne dépasse pas Ondourman.
Il est stoppé par le Nil et n'arrive pas à franchir le fleuve. Incapable d'abandonner son projet, Terab campe sur place pendant des mois, provoquant la grogne de l'armée. Des histoires racontent qu'il est empoisonné par sa femme appuyée par des chefs exaspérés, et l'armée retourne au Darfour. Bien qu'il ait prévu que son fils lui succède, c'est en fait son frère, Abd al-Rahman, qui monte sur le trône. Abed-er-Rahman, surnommé el-Rashid ou le Juste, voit Napoléon Bonaparte faire campagne en Egypte ; en 1799, il lui écrit une lettre pour le féliciter d'avoir battu les mamelouks égyptiens.
Napoléon lui répond en lui demandant 2 000 esclaves noirs de 16 ans, forts et vigoureux, à envoyer par la prochaine caravane. Abd-er-Rahman établit une nouvelle capitale à Al Fashir, ville royale, en 1791-92. Elle était auparavant à Kobb.

Mohammed-el-Fadhl, son fils, est pour quelque temps sous la coupe d'un eunuque énergique, Mohammed Kurra, mais finalement reprend le pouvoir et gouverne jusqu'en 1838, date à laquelle il meurt de la lèpre. Il s'est efforcé de réduire la résistance des tribus arabes semi-indépendantes qui vivent dans le pays, en particulier les Rizeigat, qu'il tue par milliers. En 1821, il perd la province du Kordofan, conquise par les Egyptiens en route pour s'emparer du Soudan sur l'ordre de Mehmet Ali. Les Keira envoient une armée qui est mise en déroute par les Egyptiens à Bara le 19 août 1821.
Les Egyptiens pensent alors s'emparer de tout le Darfour, mais les difficultés qu'ils rencontrent pour sécuriser le Nil bloquent ce projet.
Des 40 fils du dernier sultan, le troisième, Mohammed Hassan, lui succède. Il est décrit comme très pieux mais aussi très avare. En 1856 il est aveugle et c'est sa soeur Zamzam qui contrôle le pouvoir du sultanat, de facto.

En 1856, à Khartoum, l'homme d'affaires al-Zubayr Rahma commence à mener des opérations dans les terres au sud du Darfour. Il installe un réseau de postes commerciaux défendus par des hommes bien armés et dispose bientôt d'un véritable état informel sous sa coupe. Cette zone est connue sous le nom de Bahr-el-Gazal, elle a longtemps été la plaque tournante d'où le Darfour exportait vers l'Afrique du Nord et l'Egypte, particulièrement de l'ivoire et des esclaves. Les natifs de l'endroit paient tribut au Darfour, et c'était les principaux articles vendus aux marchands égyptiens le long de la route d'Asyut. Al-Zubayr redirige ce flux vers Khartoum et le Nil. Hassan meurt en 1873 et le trône échoit à son plus jeune fils Ibrahim, qui bientôt se retrouve lui-même plongé dans un conflit avec al-Zubayr. Ce dernier, d'abord en conflit avec les Egyptiens par le passé, est maintenant leur allié et son soutien autorise ces derniers à conquérir le Darfour. La guerre provoque l'effondrement du royaume. Ibrahim meurt sur le champ de bataille à l'automne 1874, et son oncle Hassab Alla, qui cherche à maintenir l'indépendance du pays, est capturé en 1875 par les troupes du khedive, puis transféré au Caire avec sa famille.

La domination égyptienne

Les habitants du Darfour sont rétifs à la domination égyptienne (elle-même colonisée par les Britanniques). Des révoltes sont matées, mais en 1879, le général Gordon (ensuite gouverneur général du Soudan) suggère la résintauration de l'ancienne famille royale. Ce n'est pas fait, et en 1881 Slatin Bey (Sir Rudolf von Slatin) devient gouverneur. Slatin défend la province contre les attaques du Mahdi Muhammad Ahmad, menées par un sheik rizeigat du nom de Madibbo, mais il est obligé de se rendre en décembre 1883 et le Darfour passe sous la coupe des mahdistes. Les populations locales trouvent cette nouvelle férule encore plus ennuyeuse que la précédente, et un état de guerre permanent accompagne le retrait progressif des mahdistes du Darfour. Le successeur d'Ahmad, Abdahllahi ibn Muhammad, est pourtant originaire du Darfour, de la tribu Ta'isha, une petite tribu d'éleveurs de bétail. Abdallahi force les guerriers des tribus occidentales à rejoindre la capitale Ondourman et à combattre pour lui, réprimant les rébellions des tribus nomades Rizeigat et Kababish. Après sa défaite à Ondourman en 1898, le nouveau gouvernement anglo-égyptien du Soudan reconnaît en 1899 Ali Dinar, un petit-fils de Mohammed-el-Fadhl, comme sultan du Darfour, ce dernier devant verser un tribut annuel de 500 livres britanniques. Sous le règne d'Ali Dinar, prisonnier à Ondourman sous le mahdi, le Darfour profite d'une période de paix et aspire à l'indépendance.

Sir Rudolf von Slatin

La domination britannique

Pourtant, les Anglais accordent au Darfour une autonomie de jure jusqu'à ce qu'ils soient convaincus pendant la Première guerre mondiale que le sultanat tombe sous la coupe de la Turquie ; ils l'envahissent et l'incorporent donc au Soudan en 1916. Dans le Soudan anglo-égyptien, l'essentiel des ressources va à Khartoum et à la province du Nil Bleu, laissant le reste du pays en marge. Les habitants des états riverains, qui s'appellent eux-mêmes "les enfants du pays", étant fiers de leur rôle central alors qu'ils dénomment les occidentaux "enfants de l'ouest", une injure implicite.
Dans le même temps, les Africains sont appelés péjorativement "les Noirs". Pendant la durée du condominium, 56 % des ressources vont à Khartoum et aux provinces de Kassala et du nord contre 17 % pour le Kordofan et le Darfour, ce qui veut dire que ce dernier ne reçoit que 5 à 6% du total, le Kordofan absorbant le reste. Ceci alors que les provinces proches du Nil ne concentrent que 2,3 millions d'habitants contre 3 millions à l'ouest du pays. Le Darfour, comme le reste du Soudan éloigné du Nil, reste une marge peu développée jusqu'à l'indépendance de 1956.

L'indépendance nationale

Après l'indépendance, le Darfour devient une zone phare du parti Umma, mené par Sadiq-al-Mahdi. Dans les années 60, certains habitants commencent à contester la négligence de l'Umma pour le Darfour, en dépit du soutien politique apporté par celui-ci. La désillusion apportée par les partis basés sur des sectes religieuses, le Parti Unioniste Démocratique et Soufi à l'est et l'Ansar/Umma à l'ouest, mène à une montée temporaire des partis régionaux, dont le Front du Développement du Darfour. Au moment des discussions au sujet d'une constitution islamique proposée par Hassan-al-Turabi, les musulmans du Darfour, les montagnes Nuba et les Collines de la Mer Rouge rejoignent les sudistes dans l'opposition, percevant la constitution comme un stratagème du centre pour consolider sa mainmise sur les périphéries. La fracture de l'Umma aboutit à la première tentative démagogique de séparer les "Africains" des "Arabes" aux élections de 1968, une tâche difficile étant donnés les liens qui les unissents et la distinction impossible de couleur de peau. Sadiq-al-Mahdi, pensant que les Fur et les autres tribus "africaines" forment une majeure partie de l'électorat, s'allie avec le Front du Développement du Darfour et accuse les Arabes de négliger la région. Cela laisse l'opposant de Sadiq, son oncle Iman al-Hadi, en mesure de courtiser les Baggara en employant la rhétorique de "l'arabisme" en offrant l'espoir d'être incorporé dans le centre prospère du pays.

A ce sous-développement et à ces tensions politiques locales s'ajoute l'instabilité frontalière avec le Tchad. Premiere al-Mahdi autorise le FROLINAT, la guérilla qui essaye de renverser le président tchadien François Tombalbaye, à établir ses bases arrières au Darfour en 1969. Pourtant, les combats internes dans le FROLINAT tuent des douzaines de citoyens du Darfour en 1971, conduisant le président soudanais Gaafar Nimeiry à expulser le groupe de son territoire. Le tout est compliqué par le nouvel intérêt du président lybien Khadafi dans le conflit au Tchad. Obsédé par la vision d'une création d'une bande de nations sahéliennes à la fois musulmanes et culturellement arabes, Khadafi fait une offre à Nimeiry pour fusionner leurs deux pays en 1971. Pourtant, Khadafi perd ses illusions sur les "qualités arabes" de Nimeiry après que celui-ci signe en 1972 l'accord d'Addis-Abbeba, qui clôt la première guerre civile soudanaise avec le sud. La Lybie réclame alors la bande d'Aozou et commence à soutenir le FROLINAT contre le président Tombalbaye, noir et chrétien, supportant aussi les militants partisans de la suprématie arabe pour atteindre ses objectifs par la force, dont la Légion Islamique et le Rassemblement Arabe du Darfour, ce dernier revendiquant la nature "arabe" de cette province. Nimeiry, préoccupé par l'accueil que Khadafi a réservé à al-Mahdi, son opposant exilé, commence à encourager la fragile administration de Félix Malloum, le nouveau président tchadien après l'assassinat de Tombalbaye en 1975. En représailles, Khadafi envoie une troupe de 1 200 hommes à travers le désert pour assaillir directement Khartoum. La force lybienne est défaite après trois jours de violents combats de rues et Nimeiry choisit alors de soutenir le plus virulent des chefs tchadiens anti-lybiens, Hissène Habré, donnant à ses Forces Armées du Nord un sanctuaire au Darfour. Tous ces événements extérieurs bouleversent la structure sociétale traditionnelle du Darfour. On demande à ces tribus locales si elles se rattachent aux "Arabes progressistes et révolutionnaires" ou aux "Africains réactionnaires et anti-arabes". Le gouvernement de Khartoum, plutôt que de calmer ces nouvelles tensions ethniques, préfère les exacerber quand elles lui semblent utiles dans le conflit Lybie-Tchad-Soudan.

Une instabilité croissante

En 1979, Nimeiry désigne au Darfour le seul gouverneur provincial qui ne soit pas de la population locale. La désignation du walad-al-beled de la vallée du Nil, choisi pour superviser le soutien à Habré, provoque des émeutes des habitants du Darfour dans le Soudan dans lesquelles trois étudiants sont tués. Nimeyri fait machine arrière de peur que ses bases anti-lybiennes ne soient compromises. Dans un cycle plus long, la réduction graduelle des précipitations annuelles, couplée avec une population en augmentation, a entamé une période d'assèchement des terres cultivables le long de la bordure sud du Sahara qui augmente le taux de désertification, qui en retour provoque une exploitation intensive des terres restantes. La sécheresse du milieu des années 70 au début des années 80 conduit à une immigration massive du nord du Darfour et du Tchad dans la ceinture centrale de cultures.
En 1983 et 1984, les pluies ne tombent plus. Quand le gouvernement de Khartoum refuse de prendre en compte les avertissements au sujet de la déficience des récoltes pour ne pas nuire à l'image de l'administration, le gouverneur de l'administration dominée par les Fur au Darfour démissione pour protester.
La région est plongée dans une famine horrible. Tandis que 60 à 80 000 habitants gagnent Khartoum pour trouver de quoi manger, le gouvernement les déclare être des réfugiés tchadiens et les conduit en camion au Kordofan dans l'opération dite "Glorieux Retour", et cela seulement pour les voir revenir dans la capitale en raison de l'absence de nourriture dans cette province. La famine tue au moins 95 000 habitants du Darfour sur une population de
3,1 millions de personnes, et il est clair que les morts auraient pu être en grande partie prévenues. Les tentatives par certains commentateurs d'attribuer le conflit au changement climatique ont été déboutées. Un érudit du centre international Woodrow Wilson déclare : "le défi est d'éviter les formulations déterministes ou trop simplifiées, comme de mettre systématiquement en parallèle le changement de climat avec les génocides et le terrorisme, comme l'ont fait des commentateurs peu regardants.".

L'incompétence du régime, combinée avec le début de la seconde guerre civile soudanaise en 1983, sont insupportables pour le pays et Nimeiry est renversé le 5 avril 1985. Sadiq-al-Mahdi revient d'exil, fait un accord avec Khadafi, sans intention de l'honorer, de céder le Darfour à ce dernier en échange de fonds pour remporter les prochaines élections. Nimeiry a été lourdement soutenu par les Etats-Unis et la junte militaire qui a pris le pouvoir agit rapidement pour déranger la politique pro-américaine. Au début d'août 1985, la Lybie commence à envoyer des convois militaires et humanitaires à partir de Benghazi, dont 800 soldats qui installent la base d'Al-Fashir et arment les tribus locales Baggara, que Khadafi considère comme des alliés arabes sur place. A cette époque, les relations entre la Lybie et les Etats-Unis ont empiré dans le mauvais sens, et les appareils américains bombardent Tripoli en avril 1986. Mais la Lybie fournit néanmoins un soutien logistique clé ainsi qu'un appui aérien aux offensives soudanaises dans le sud contre l'Armée populaire de libération du Soudan. Dans le même temps, la famine a considérablement bouleversé la structure de la société du Darfour.
Les fermiers réclament chaque lopin de terre pour cultiver davantage, fermant les routes traditionnels utilisées par les éleveurs. Ceux-ci, voyant mourir de faim leurs animaux dans un paysage désseché, essayent de maintenir les routes vers le sud ouvertes, attaquant les fermiers qui se mettent en travers de leur route en n'hésitant pas à répandre le sang si nécessaire. Le Darfour regorge en effet d'une quantité impressionnante d'armes légères en raison des conflits voisins et des rumeurs commencent à circuler d'éleveurs attaquant les fermes et les villages pour nourrir leur bétail ou de villageois s'armant pour assurer leurs défenses. Avec le Darfour en proie à la désolation, l'idéologie de dichotomie Africains contre Arabes commencent à entrer dans les moeurs. Chez certains Africains sédentaires, l'idée que des Arabes machiavéliques de Khartoum aient laissé agir la famine et que les Arabes du Darfour, armés par la Lybie, aient attaqué les fermiers africains trouvent crédit. De manière concomittante, certains Arabes semi-nomades du Darfour commencent sérieusement à penser que les Africains ont tiré vengeance de la famine sur eux en confisquant leurs pâturages.

Sadiq-al-Mahdi

En décembre 1991, une troupe de l'Armée populaire de libération du Soudan incluant Daud Bolad, originaire du Darfour, entre dans la région dans l'espoir d'étendre la rébellion du sud vers l'ouest. Avant que les forces de Bolad n'aient pu atteindre les montagnes Marrah, elles sont attaquées par des soldats de l'armée régulière associés à la milice de Beni Halba, montée. Des dizaines de villages Fur qui avaient accueilli sans sourciller les rebelles du sud sont brûlés en représailles. En 1994, le Darfour est divisé en trois états fédéraux au sein du Soudan : le Darfour Nord (Shamal), le Darfour Sud (Janub) et le Darfour Ouest (Gharbur). La capitale du premier est Al-Fashir, celle du second Nyala et enfin, celle du troisième, Geneina. La division est une idée d'Ali al Haj, Ministre des Affaires Fédérales, qui espère qu'en divisant ainsi les Fur, ils ne seront majoritaires dans aucun état et qu'ainsi, des candidats arabes pourront être élus. Si l'on se réfère à Human Rights Watch, le conflit commence dans le Darfour Ouest en 1998. Il est mineur, mais 5 000 Masalit sont tout de même déplacés. Les conflits reprennent en 1999 quand les éleveurs de bétail se déplacent vers le sud plus tôt que d'habitude.
Les affrontements sont très violents, avec plusieurs centaines de morts et plusieurs chefs tribaux arabes tués. Le gouvernement envoie l'armée sur place pour solutionner la crise et prend en main les questions de sécurité. Une conférence de réconciliation tenue en 1999 arrive à des compensations. Beaucoup d'intellectuels, de notables Masalit sont arrêtés, interrogés et torturés tandis que les milices arabes soutenues par le gouvernement attaquent leurs villages ; certains chefs arabes et des civils sont aussi tués dans ces affrontements. En 2000, un groupe inconnu publie le Livre Noir, un manuscrit dissident qui souligne la domination du nord et l'appauvrissement des autres régions. Il trouve une large audience et bien que la censure ait empêché sa diffusion, la plupart de ses rédacteurs seront à l'origine du Mouvement pour la Justice et l'Egalité.

La Sudanese Air Force

La force aérienne soudanaise a d'abord été équipée avec des matériels français et britanniques. Les Britanniques sont le principal fournisseur jusqu'aux années 60, date à laquelle les Soviétiques et les Chinois prennent le relais. Actuellement, l'armée de l'air soudanaise emploie des avions de transport militaires, des jets et des hélicoptères de combat d'origines diverses : Union Européenne, Russie, Etats-Unis. Pourtant, tous les appareils ne sont pas opérationnels en raison du manque de pièces détachées.
Il y a peu de bases aériennes au Soudan, une à Khartoum, la capitale. Le Airforces Monthly Magazine de juin 2007 a annoncé que l'Iran et la Chine avaient aidé le Soudan à se rééquiper en matériel aérien. La plus récente acquisition est un lot de 15 à 20 A-5 Fantan, des avions d'attaque au sol chinois, version d'exportation du Nanchang Q-5, lui-même copie chinoise du MiG-19 soviétique.
Les Soudanais disposent aussi d'hélicoptères d'attaque russes Mi-24 Hind et Mi-171 (version d'exportation de l'hélicoptère de transport Mi-8 Hip).
6 Mi-24 ont été achetés en 1995, et 2 perdus pendant la seconde guerre civile soudanaise mais vite remplacés. 16 autres ont été acquis en 2001-2002 auprès de la Russie. Ces appareils ont été peints en blanc et aux marquages de l'ONU pour couvrir leurs missions de combat au-dessus du Darfour. La base des appareils soudanais sur place est Nyala. 8 Hinds ont été vus en opération sur place, ainsi qu'un Antonov An-26 Curl fourni par une compagnie russe civile. Cet appareil a été modifié avec des points d'emport de bombes et sans doute employé pour des missions de bombardement. Des équipages soudanais s'entraîneraient sur la base iranienne de Dezful-Ardestani dans le sud-est du pays.

Les Janjaweed

Les Janjaweed (littéralement "homme avec un fusil sur un cheval" ou "homme à cheval") recouvrent une désignation générale qui s'applique aux hommes armés présents actuellement au Darfour, dans l'ouest du Soudan. Si l'on suit la définition de l'ONU, les Janjaweed comprennent des tribus africaines parlant l'arabe, nomades, le coeur étant formé par les Abbala (éleveurs de chameaux) avec un recrutement chez les Lambo de la tribu Baggara (éleveurs de bétail). Ils ont souvent été en conflit avec la population sédentaire. Ce sont eux qui font face aux rebelles du Darfour. Leur nom signifie sans doute quelque chose dans le dialecte de l'ouest du Soudan : "hordes" dans l'arabe courant, mais sans doute pas esprit (de "jinn") ni "jim" (qui sert à désigner le fusil G3), ni de "jawad" (cheval). Ils sont sans doute les successeurs d'une milice arabe tribale, les Murahilin (littéralement les nomades), qui a existé bien des années auparavant. C'est sans doute un dérivé du mot perse "jang", guerre, et de "jangawee", guerrier. Le terme avait été repris par les mahdistes -une vieille tradition de l'ancienne dynastie Roustamide Ibadi de Tunisie qui tenait d'un fond perse. Les Fatimides shiites ismaëliens, qui ont vaincu cette dynastie, l'ont apporté en Egypte et de là au Soudan.
Les mahdistes étaient marqués d'une forte empreinte shiite, malgré un fond sunnite. Le terme janjaweed est donc une version arabisée du mot perse, signifiant à peu près "guerriers de la foi" dans les vieilles communautés shiites d'Afrique du Nord à l'époque médiévale.
En 1988, le président tchadien Hissène Habré, soutenu par la France et les Etats-Unis, défait l'armée lybienne et met fin aux revendications du colonel Khadafi sur le Tchad. Le protégé tchadien de Khadafi, Ibn Omer Saeed, se replie avec ses milices arabes sur le Darfour, où elles sont accueillies par le Sheikh Musa Hilal, le nouveau chef des Arabes de la tribu Rizeigat du nord du Darfour. Auparavant, les miliciens tribaux de Hilal avaient servi d'intermédiaires pour les livraisons d'armes lybiennes aux Tchadiens soutenus par Khadafi. Une incursion franco-tchadienne détruit le camp d'Omer, mais les armes restent aux mains des tribus arabes locales, pourvue d'une idéologie de suprématie arabe associée au projet de "réunion arabe" porté par la Lybie. Pendant les années 90, les Janjaweed sont ainsi un mélange de milices "arabes" du Darfour et du Tchad, poursuivant un but local de contrôle des terres. La majorité des Arabes du Darfour, regroupée dans la confédération Baggara, reste en dehors des conflits. En 1999-2000, avec des menaces grandissantes d'insurrections dans le nord et l'ouest du Darfour, le gouvernement de Khartoum commence à armer les Janjaweed.
Le conflit éclate finalement en février 2003. Après les déboires initiaux de l'armée soudanaise, les autorités décident de s'appuyer sur les Janjaweed : ceux-ci mènent une politique de la terre brûlée sans aucun état d'âme, visant les civils du Darfour comme les rebelles. D'ailleurs, au début de 2006, beaucoup de miliciens janjaweed sont incorporés dans les forces armées soudanaises.

Sources :
http://en.wikipedia.org/wiki/Darfur_conflict

http://en.wikipedia.org/wiki/Sudanese_Air_Force
http://en.wikipedia.org/wiki/Janjaweed
http://en.wikipedia.org/wiki/History_of_Darfur

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