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Histoire
du Darfour
Traduit
de l'anglais par Stéphane Mantoux
L'histoire
écrite du Darfour commence au XIVème siècle avec
l'établissement du sultanat Tunjur. Le Darfour indépendant
connaît son apogée sous la dynastie Keira au XVIIème
siècle. En 1875, le condominium anglo-égyptien sur Khartoum
met fin à la dynastie. Les Britanniques accordent au Darfour
une certaine autonomie avant l'annexion formelle en 1916. Pourtant,
la région reste sous-développée pendant la période
de la colonisation et jusqu'à l'indépendance de 1956.
La majorité des ressources nationales est dirigée vers
les Arabes concentrés autour du Nil et de Khartoum.
Ce schéma d'inégalité structurelle et de sous-développement
suscite la haine croissante des habitants du Darfour. Les influences
de la géopolitique régionale et de la guerre par procuration,
couplées avec des difficultés économiques et une
dégradation de l'environnement, peu après l'indépendance,
provoquent une résistance armée sporadique dès
le milieu des années 80. Cette violence en continu culmine avec
l'apparition de véritables mouvements armés en 2003.
Les
royaumes du Darfour
Les développements dans la région du Darfour sont fonction
du terrain et du climat, car celui-ci est composé essentiellement
de plaines semi-arides qui ne peuvent pas accueillir une population
trop dense. La seule exception est la zone dans et autour des montagnes
Jebal Marra.
C'est à partir de ces sanctuaires montagnards que des groupes
se sont étendus pour contrôler la région. Les Daju,
habitants du Jebal Marra, semblent avoir été la population
dominante au Darfour d'après les premières sources dont
l'on dispose. On ne sait pas combien de temps a duré leur domination,
puisque nous ne disposons que d'une liste de rois. Si l'on suit la tradition,
la dynastie Daju est chassée, et l'islam introduit, au XIVème
siècle, par les Tunjur, qui atteignent le Darfour par Bornu et
Wadaï. On pense que le premier roi tunjur est Ahmed el-Makur, qui
a marié sa fille au dernier dynaste Daju. Ahmed réduit
la plupart des chefs à l'obéissance, et sous son règne
le royaume prospère. Son petit-fils, le sultan Dali, une figure
célébrée dans les histoires du Darfour, est un
Fur du côté de sa mère, et porte ainsi la dynastie
plus proche du peuple qu'elle dirige. Dali divise le pays en province,
établit un code pénal, qui, sous le titre de Kital Dali,
Livre de Dali, est toujours intact, et diffère sur quelques points
de la loi coranique.
Son petit-fils Suleiman (ou Sulayman, habituellement distingué
par l'épithète des Fur "Solon", signifiant soit
l'Arabe ou le Rouge) règne de 1596 à 1637 : c'est un grand
guerrier et un musulman dévôt ; il est considéré
comme le fondateur de la dynastie Keira.
Le
petit-fils de Suleiman, Ahmed Bukr (vers 1682-vers 1722) fait de l'islam
la religion d'Etat, et augmente la richesse du pays en favorisant l'immigration
à partir de Bornu et Bagirmi. Sa domination s'étend à
l'est du Nil jusqu'aux rives de la ville d'Atbara. Sa mort inaugure
une période troublée par la question de sa succession.
A sa mort, Bukr avait décidé que chacun de ses nombreux
fils devaient régner à tour de rôle. Une fois sur
le trône, chaque fils espère faire de son propre enfant
son successeur, ce qui mène à une guerre civile jusqu'en
1785-1786. A cause de ces divisions internes, le Darfour décline
et entame des guerres avec Sennar et Wadai. Une des sultans les plus
capables de cette période est Mohammed Terab, un des fils de
Bukr. Il mène une série de campagnes victorieuses. En
1785-86, il conduit une armée contre les Funj, mais ne dépasse
pas Ondourman.
Il est stoppé par le Nil et n'arrive pas à franchir le
fleuve. Incapable d'abandonner son projet, Terab campe sur place pendant
des mois, provoquant la grogne de l'armée. Des histoires racontent
qu'il est empoisonné par sa femme appuyée par des chefs
exaspérés, et l'armée retourne au Darfour. Bien
qu'il ait prévu que son fils lui succède, c'est en fait
son frère, Abd al-Rahman, qui monte sur le trône. Abed-er-Rahman,
surnommé el-Rashid ou le Juste, voit Napoléon Bonaparte
faire campagne en Egypte ; en 1799, il lui écrit une lettre pour
le féliciter d'avoir battu les mamelouks égyptiens.
Napoléon lui répond en lui demandant 2 000 esclaves noirs
de 16 ans, forts et vigoureux, à envoyer par la prochaine caravane.
Abd-er-Rahman établit une nouvelle capitale à Al Fashir,
ville royale, en 1791-92. Elle était auparavant à Kobb.
Mohammed-el-Fadhl, son fils, est pour quelque temps sous la coupe d'un
eunuque énergique, Mohammed Kurra, mais finalement reprend le
pouvoir et gouverne jusqu'en 1838, date à laquelle il meurt de
la lèpre. Il s'est efforcé de réduire la résistance
des tribus arabes semi-indépendantes qui vivent dans le pays,
en particulier les Rizeigat, qu'il tue par milliers. En 1821, il perd
la province du Kordofan, conquise par les Egyptiens en route pour s'emparer
du Soudan sur l'ordre de Mehmet Ali. Les Keira envoient une armée
qui est mise en déroute par les Egyptiens à Bara le 19
août 1821.
Les Egyptiens pensent alors s'emparer de tout le Darfour, mais les difficultés
qu'ils rencontrent pour sécuriser le Nil bloquent ce projet.
Des 40 fils du dernier sultan, le troisième, Mohammed Hassan,
lui succède. Il est décrit comme très pieux mais
aussi très avare. En 1856 il est aveugle et c'est sa soeur Zamzam
qui contrôle le pouvoir du sultanat, de facto.
En
1856, à Khartoum, l'homme d'affaires al-Zubayr Rahma commence
à mener des opérations dans les terres au sud du Darfour.
Il installe un réseau de postes commerciaux défendus par
des hommes bien armés et dispose bientôt d'un véritable
état informel sous sa coupe. Cette zone est connue sous le nom
de Bahr-el-Gazal, elle a longtemps été la plaque tournante
d'où le Darfour exportait vers l'Afrique du Nord et l'Egypte,
particulièrement de l'ivoire et des esclaves. Les natifs de l'endroit
paient tribut au Darfour, et c'était les principaux articles
vendus aux marchands égyptiens le long de la route d'Asyut. Al-Zubayr
redirige ce flux vers Khartoum et le Nil. Hassan meurt en 1873 et le
trône échoit à son plus jeune fils Ibrahim, qui
bientôt se retrouve lui-même plongé dans un conflit
avec al-Zubayr. Ce dernier, d'abord en conflit avec les Egyptiens par
le passé, est maintenant leur allié et son soutien autorise
ces derniers à conquérir le Darfour. La guerre provoque
l'effondrement du royaume. Ibrahim meurt sur le champ de bataille à
l'automne 1874, et son oncle Hassab Alla, qui cherche à maintenir
l'indépendance du pays, est capturé en 1875 par les troupes
du khedive, puis transféré au Caire avec sa famille.
La domination égyptienne
Les
habitants du Darfour sont rétifs à la domination égyptienne
(elle-même colonisée par les Britanniques). Des révoltes
sont matées, mais en 1879, le général Gordon (ensuite
gouverneur général du Soudan) suggère la résintauration
de l'ancienne famille royale. Ce n'est pas fait, et en 1881 Slatin Bey
(Sir Rudolf von Slatin) devient gouverneur. Slatin défend la
province contre les attaques du Mahdi Muhammad Ahmad, menées
par un sheik rizeigat du nom de Madibbo, mais il est obligé de
se rendre en décembre 1883 et le Darfour passe sous la coupe
des mahdistes. Les populations locales trouvent cette nouvelle férule
encore plus ennuyeuse que la précédente, et un état
de guerre permanent accompagne le retrait progressif des mahdistes du
Darfour. Le successeur d'Ahmad, Abdahllahi ibn Muhammad, est pourtant
originaire du Darfour, de la tribu Ta'isha, une petite tribu d'éleveurs
de bétail. Abdallahi force les guerriers des tribus occidentales
à rejoindre la capitale Ondourman et à combattre pour
lui, réprimant les rébellions des tribus nomades Rizeigat
et Kababish. Après sa défaite à Ondourman en 1898,
le nouveau gouvernement anglo-égyptien du Soudan reconnaît
en 1899 Ali Dinar, un petit-fils de Mohammed-el-Fadhl, comme sultan
du Darfour, ce dernier devant verser un tribut annuel de 500 livres
britanniques. Sous le règne d'Ali Dinar, prisonnier à
Ondourman sous le mahdi, le Darfour profite d'une période de
paix et aspire à l'indépendance.
Sir Rudolf
von Slatin

La
domination britannique
Pourtant,
les Anglais accordent au Darfour une autonomie de jure jusqu'à
ce qu'ils soient convaincus pendant la Première guerre mondiale
que le sultanat tombe sous la coupe de la Turquie ; ils l'envahissent
et l'incorporent donc au Soudan en 1916. Dans le Soudan anglo-égyptien,
l'essentiel des ressources va à Khartoum et à la province
du Nil Bleu, laissant le reste du pays en marge. Les habitants des états
riverains, qui s'appellent eux-mêmes "les enfants du pays",
étant fiers de leur rôle central alors qu'ils dénomment
les occidentaux "enfants de l'ouest", une injure implicite.
Dans le même temps, les Africains sont appelés péjorativement
"les Noirs". Pendant la durée du condominium, 56 %
des ressources vont à Khartoum et aux provinces de Kassala et
du nord contre 17 % pour le Kordofan et le Darfour, ce qui veut dire
que ce dernier ne reçoit que 5 à 6% du total, le Kordofan
absorbant le reste. Ceci alors que les provinces proches du Nil ne concentrent
que 2,3 millions d'habitants contre 3 millions à l'ouest du pays.
Le Darfour, comme le reste du Soudan éloigné du Nil, reste
une marge peu développée jusqu'à l'indépendance
de 1956.
L'indépendance
nationale
Après l'indépendance, le Darfour devient une zone phare
du parti Umma, mené par Sadiq-al-Mahdi. Dans les années
60, certains habitants commencent à contester la négligence
de l'Umma pour le Darfour, en dépit du soutien politique apporté
par celui-ci. La désillusion apportée par les partis basés
sur des sectes religieuses, le Parti Unioniste Démocratique et
Soufi à l'est et l'Ansar/Umma à l'ouest, mène à
une montée temporaire des partis régionaux, dont le Front
du Développement du Darfour. Au moment des discussions au sujet
d'une constitution islamique proposée par Hassan-al-Turabi, les
musulmans du Darfour, les montagnes Nuba et les Collines de la Mer Rouge
rejoignent les sudistes dans l'opposition, percevant la constitution
comme un stratagème du centre pour consolider sa mainmise sur
les périphéries. La fracture de l'Umma aboutit à
la première tentative démagogique de séparer les
"Africains" des "Arabes" aux élections de
1968, une tâche difficile étant donnés les liens
qui les unissents et la distinction impossible de couleur de peau. Sadiq-al-Mahdi,
pensant que les Fur et les autres tribus "africaines" forment
une majeure partie de l'électorat, s'allie avec le Front du Développement
du Darfour et accuse les Arabes de négliger la région.
Cela laisse l'opposant de Sadiq, son oncle Iman al-Hadi, en mesure de
courtiser les Baggara en employant la rhétorique de "l'arabisme"
en offrant l'espoir d'être incorporé dans le centre prospère
du pays.
A
ce sous-développement et à ces tensions politiques locales
s'ajoute l'instabilité frontalière avec le Tchad. Premiere
al-Mahdi autorise le FROLINAT, la guérilla qui essaye de renverser
le président tchadien François Tombalbaye, à établir
ses bases arrières au Darfour en 1969. Pourtant, les combats
internes dans le FROLINAT tuent des douzaines de citoyens du Darfour
en 1971, conduisant le président soudanais Gaafar Nimeiry à
expulser le groupe de son territoire. Le tout est compliqué par
le nouvel intérêt du président lybien Khadafi dans
le conflit au Tchad. Obsédé par la vision d'une création
d'une bande de nations sahéliennes à la fois musulmanes
et culturellement arabes, Khadafi fait une offre à Nimeiry pour
fusionner leurs deux pays en 1971. Pourtant, Khadafi perd ses illusions
sur les "qualités arabes" de Nimeiry après que
celui-ci signe en 1972 l'accord d'Addis-Abbeba, qui clôt la première
guerre civile soudanaise avec le sud. La Lybie réclame alors
la bande d'Aozou et commence à soutenir le FROLINAT contre le
président Tombalbaye, noir et chrétien, supportant aussi
les militants partisans de la suprématie arabe pour atteindre
ses objectifs par la force, dont la Légion Islamique et le Rassemblement
Arabe du Darfour, ce dernier revendiquant la nature "arabe"
de cette province. Nimeiry, préoccupé par l'accueil que
Khadafi a réservé à al-Mahdi, son opposant exilé,
commence à encourager la fragile administration de Félix
Malloum, le nouveau président tchadien après l'assassinat
de Tombalbaye en 1975. En représailles, Khadafi envoie une troupe
de 1 200 hommes à travers le désert pour assaillir directement
Khartoum. La force lybienne est défaite après trois jours
de violents combats de rues et Nimeiry choisit alors de soutenir le
plus virulent des chefs tchadiens anti-lybiens, Hissène Habré,
donnant à ses Forces Armées du Nord un sanctuaire au Darfour.
Tous ces événements extérieurs bouleversent la
structure sociétale traditionnelle du Darfour. On demande à
ces tribus locales si elles se rattachent aux "Arabes progressistes
et révolutionnaires" ou aux "Africains réactionnaires
et anti-arabes". Le gouvernement de Khartoum, plutôt que
de calmer ces nouvelles tensions ethniques, préfère les
exacerber quand elles lui semblent utiles dans le conflit Lybie-Tchad-Soudan.
Une
instabilité croissante
En 1979, Nimeiry désigne au Darfour le seul gouverneur provincial
qui ne soit pas de la population locale. La désignation du walad-al-beled
de la vallée du Nil, choisi pour superviser le soutien à
Habré, provoque des émeutes des habitants du Darfour dans
le Soudan dans lesquelles trois étudiants sont tués. Nimeyri
fait machine arrière de peur que ses bases anti-lybiennes ne
soient compromises. Dans un cycle plus long, la réduction graduelle
des précipitations annuelles, couplée avec une population
en augmentation, a entamé une période d'assèchement
des terres cultivables le long de la bordure sud du Sahara qui augmente
le taux de désertification, qui en retour provoque une exploitation
intensive des terres restantes. La sécheresse du milieu des années
70 au début des années 80 conduit à une immigration
massive du nord du Darfour et du Tchad dans la ceinture centrale de
cultures.
En 1983 et 1984, les pluies ne tombent plus. Quand le gouvernement de
Khartoum refuse de prendre en compte les avertissements au sujet de
la déficience des récoltes pour ne pas nuire à
l'image de l'administration, le gouverneur de l'administration dominée
par les Fur au Darfour démissione pour protester.
La région est plongée dans une famine horrible. Tandis
que 60 à 80 000 habitants gagnent Khartoum pour trouver de quoi
manger, le gouvernement les déclare être des réfugiés
tchadiens et les conduit en camion au Kordofan dans l'opération
dite "Glorieux Retour", et cela seulement pour les voir revenir
dans la capitale en raison de l'absence de nourriture dans cette province.
La famine tue au moins 95 000 habitants du Darfour sur une population
de
3,1 millions de personnes, et il est clair que les morts auraient pu
être en grande partie prévenues. Les tentatives par certains
commentateurs d'attribuer le conflit au changement climatique ont été
déboutées. Un érudit du centre international Woodrow
Wilson déclare : "le défi est d'éviter les
formulations déterministes ou trop simplifiées, comme
de mettre systématiquement en parallèle le changement
de climat avec les génocides et le terrorisme, comme l'ont fait
des commentateurs peu regardants.".
L'incompétence du régime, combinée avec le début
de la seconde guerre civile soudanaise en 1983, sont insupportables
pour le pays et Nimeiry est renversé le 5 avril 1985. Sadiq-al-Mahdi
revient d'exil, fait un accord avec Khadafi, sans intention de l'honorer,
de céder le Darfour à ce dernier en échange de
fonds pour remporter les prochaines élections. Nimeiry a été
lourdement soutenu par les Etats-Unis et la junte militaire qui a pris
le pouvoir agit rapidement pour déranger la politique pro-américaine.
Au début d'août 1985, la Lybie commence à envoyer
des convois militaires et humanitaires à partir de Benghazi,
dont 800 soldats qui installent la base d'Al-Fashir et arment les tribus
locales Baggara, que Khadafi considère comme des alliés
arabes sur place. A cette époque, les relations entre la Lybie
et les Etats-Unis ont empiré dans le mauvais sens, et les appareils
américains bombardent Tripoli en avril 1986. Mais la Lybie fournit
néanmoins un soutien logistique clé ainsi qu'un appui
aérien aux offensives soudanaises dans le sud contre l'Armée
populaire de libération du Soudan. Dans le même temps,
la famine a considérablement bouleversé la structure de
la société du Darfour.
Les fermiers réclament chaque lopin de terre pour cultiver davantage,
fermant les routes traditionnels utilisées par les éleveurs.
Ceux-ci, voyant mourir de faim leurs animaux dans un paysage désseché,
essayent de maintenir les routes vers le sud ouvertes, attaquant les
fermiers qui se mettent en travers de leur route en n'hésitant
pas à répandre le sang si nécessaire. Le Darfour
regorge en effet d'une quantité impressionnante d'armes légères
en raison des conflits voisins et des rumeurs commencent à circuler
d'éleveurs attaquant les fermes et les villages pour nourrir
leur bétail ou de villageois s'armant pour assurer leurs défenses.
Avec le Darfour en proie à la désolation, l'idéologie
de dichotomie Africains contre Arabes commencent à entrer dans
les moeurs. Chez certains Africains sédentaires, l'idée
que des Arabes machiavéliques de Khartoum aient laissé
agir la famine et que les Arabes du Darfour, armés par la Lybie,
aient attaqué les fermiers africains trouvent crédit.
De manière concomittante, certains Arabes semi-nomades du Darfour
commencent sérieusement à penser que les Africains ont
tiré vengeance de la famine sur eux en confisquant leurs pâturages.
Sadiq-al-Mahdi

En
décembre 1991, une troupe de l'Armée populaire de libération
du Soudan incluant Daud Bolad, originaire du Darfour, entre dans la
région dans l'espoir d'étendre la rébellion du
sud vers l'ouest. Avant que les forces de Bolad n'aient pu atteindre
les montagnes Marrah, elles sont attaquées par des soldats de
l'armée régulière associés à la milice
de Beni Halba, montée. Des dizaines de villages Fur qui avaient
accueilli sans sourciller les rebelles du sud sont brûlés
en représailles. En 1994, le Darfour est divisé en trois
états fédéraux au sein du Soudan : le Darfour Nord
(Shamal), le Darfour Sud (Janub) et le Darfour Ouest (Gharbur). La capitale
du premier est Al-Fashir, celle du second Nyala et enfin, celle du troisième,
Geneina. La division est une idée d'Ali al Haj, Ministre des
Affaires Fédérales, qui espère qu'en divisant ainsi
les Fur, ils ne seront majoritaires dans aucun état et qu'ainsi,
des candidats arabes pourront être élus. Si l'on se réfère
à Human Rights Watch, le conflit commence dans le Darfour Ouest
en 1998. Il est mineur, mais 5 000 Masalit sont tout de même déplacés.
Les conflits reprennent en 1999 quand les éleveurs de bétail
se déplacent vers le sud plus tôt que d'habitude.
Les affrontements sont très violents, avec plusieurs centaines
de morts et plusieurs chefs tribaux arabes tués. Le gouvernement
envoie l'armée sur place pour solutionner la crise et prend en
main les questions de sécurité. Une conférence
de réconciliation tenue en 1999 arrive à des compensations.
Beaucoup d'intellectuels, de notables Masalit sont arrêtés,
interrogés et torturés tandis que les milices arabes soutenues
par le gouvernement attaquent leurs villages ; certains chefs arabes
et des civils sont aussi tués dans ces affrontements. En 2000,
un groupe inconnu publie le Livre Noir, un manuscrit dissident qui souligne
la domination du nord et l'appauvrissement des autres régions.
Il trouve une large audience et bien que la censure ait empêché
sa diffusion, la plupart de ses rédacteurs seront à l'origine
du Mouvement pour la Justice et l'Egalité.
La
Sudanese Air Force
La force aérienne soudanaise a d'abord été équipée
avec des matériels français et britanniques. Les Britanniques
sont le principal fournisseur jusqu'aux années 60, date à
laquelle les Soviétiques et les Chinois prennent le relais. Actuellement,
l'armée de l'air soudanaise emploie des avions de transport militaires,
des jets et des hélicoptères de combat d'origines diverses
: Union Européenne, Russie, Etats-Unis. Pourtant, tous les appareils
ne sont pas opérationnels en raison du manque de pièces
détachées.
Il y a peu de bases aériennes au Soudan, une à Khartoum,
la capitale. Le Airforces Monthly Magazine de juin 2007 a annoncé
que l'Iran et la Chine avaient aidé le Soudan à se rééquiper
en matériel aérien. La plus récente acquisition
est un lot de 15 à 20 A-5 Fantan, des avions d'attaque au sol
chinois, version d'exportation du Nanchang Q-5, lui-même copie
chinoise du MiG-19 soviétique.
Les Soudanais disposent aussi d'hélicoptères d'attaque
russes Mi-24 Hind et Mi-171 (version d'exportation de l'hélicoptère
de transport Mi-8 Hip).
6 Mi-24 ont été achetés en 1995, et 2 perdus pendant
la seconde guerre civile soudanaise mais vite remplacés. 16 autres
ont été acquis en 2001-2002 auprès de la Russie.
Ces appareils ont été peints en blanc et aux marquages
de l'ONU pour couvrir leurs missions de combat au-dessus du Darfour.
La base des appareils soudanais sur place est Nyala. 8 Hinds ont été
vus en opération sur place, ainsi qu'un Antonov An-26 Curl fourni
par une compagnie russe civile. Cet appareil a été modifié
avec des points d'emport de bombes et sans doute employé pour
des missions de bombardement. Des équipages soudanais s'entraîneraient
sur la base iranienne de Dezful-Ardestani dans le sud-est du pays.
Les
Janjaweed
Les
Janjaweed (littéralement "homme avec un fusil sur un cheval"
ou "homme à cheval") recouvrent une désignation
générale qui s'applique aux hommes armés présents
actuellement au Darfour, dans l'ouest du Soudan. Si l'on suit la définition
de l'ONU, les Janjaweed comprennent des tribus africaines parlant l'arabe,
nomades, le coeur étant formé par les Abbala (éleveurs
de chameaux) avec un recrutement chez les Lambo de la tribu Baggara
(éleveurs de bétail). Ils ont souvent été
en conflit avec la population sédentaire. Ce sont eux qui font
face aux rebelles du Darfour. Leur nom signifie sans doute quelque chose
dans le dialecte de l'ouest du Soudan : "hordes" dans l'arabe
courant, mais sans doute pas esprit (de "jinn") ni "jim"
(qui sert à désigner le fusil G3), ni de "jawad"
(cheval). Ils sont sans doute les successeurs d'une milice arabe tribale,
les Murahilin (littéralement les nomades), qui a existé
bien des années auparavant. C'est sans doute un dérivé
du mot perse "jang", guerre, et de "jangawee", guerrier.
Le terme avait été repris par les mahdistes -une vieille
tradition de l'ancienne dynastie Roustamide Ibadi de Tunisie qui tenait
d'un fond perse. Les Fatimides shiites ismaëliens, qui ont vaincu
cette dynastie, l'ont apporté en Egypte et de là au Soudan.
Les mahdistes étaient marqués d'une forte empreinte shiite,
malgré un fond sunnite. Le terme janjaweed est donc une version
arabisée du mot perse, signifiant à peu près "guerriers
de la foi" dans les vieilles communautés shiites d'Afrique
du Nord à l'époque médiévale.
En 1988, le président tchadien Hissène Habré, soutenu
par la France et les Etats-Unis, défait l'armée lybienne
et met fin aux revendications du colonel Khadafi sur le Tchad. Le protégé
tchadien de Khadafi, Ibn Omer Saeed, se replie avec ses milices arabes
sur le Darfour, où elles sont accueillies par le Sheikh Musa
Hilal, le nouveau chef des Arabes de la tribu Rizeigat du nord du Darfour.
Auparavant, les miliciens tribaux de Hilal avaient servi d'intermédiaires
pour les livraisons d'armes lybiennes aux Tchadiens soutenus par Khadafi.
Une incursion franco-tchadienne détruit le camp d'Omer, mais
les armes restent aux mains des tribus arabes locales, pourvue d'une
idéologie de suprématie arabe associée au projet
de "réunion arabe" porté par la Lybie. Pendant
les années 90, les Janjaweed sont ainsi un mélange de
milices "arabes" du Darfour et du Tchad, poursuivant un but
local de contrôle des terres. La majorité des Arabes du
Darfour, regroupée dans la confédération Baggara,
reste en dehors des conflits. En 1999-2000, avec des menaces grandissantes
d'insurrections dans le nord et l'ouest du Darfour, le gouvernement
de Khartoum commence à armer les Janjaweed.
Le conflit éclate finalement en février 2003. Après
les déboires initiaux de l'armée soudanaise, les autorités
décident de s'appuyer sur les Janjaweed : ceux-ci mènent
une politique de la terre brûlée sans aucun état
d'âme, visant les civils du Darfour comme les rebelles. D'ailleurs,
au début de 2006, beaucoup de miliciens janjaweed sont incorporés
dans les forces armées soudanaises.
Sources
:
http://en.wikipedia.org/wiki/Darfur_conflict
http://en.wikipedia.org/wiki/Sudanese_Air_Force
http://en.wikipedia.org/wiki/Janjaweed
http://en.wikipedia.org/wiki/History_of_Darfur
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